Reprise des hostilités en Bosnie ?

Voici à quoi ressemble la guerre dite « hybride » sur le front Ouest à la date d’aujourd’hui: crise gréco-turque en Mer Egée, conflit gelé dans le Donbass ukrainien, crise des migrants entre Biélorussie et Pologne. Non, nous ne reverrons plus, comme lors de la Seconde Guerre Mondiale, les grandes offensives de tanks, les grands mouvements de troupes et les prises symboliques de villes-clés. Pourquoi ? Parce que l’arme atomique a rendu tous ces mouvements obsolètes. Alors on observe, partout sur la ligne de front, des soulèvements locaux soutenus par les trois principaux belligérants: Union Européenne, Russie et Turquie, cette dernière jouant au chat et à la souris entre les deux premières puissances de taille nettement supérieure. En Mer Egée, c’est la France qui s’est engagée à soutenir la souveraineté de la Grèce sur la Turquie. Du coup, cette dernière ne peut plus se permettre de continuer ses recherches d’hydrocarbures dans les eaux grecques. La France y a gagné un solide allié et de juteux contrats d’armement, dont des Rafale, qu’elle s’est empressée de livrer à la Grèce au détriment de sa propre armée. C’est dire si la situation est tendue.

Plus au nord, en Ukraine, c’est un conflit qui ne semble pas trouver d’issue. Cette fois-ci, ce sont les Américains eux-mêmes qui s’y sont collés, ce qui est assez rare pour être souligné. La France et l’Allemagne, de leur côté, ont préféré conserver un rôle de médiateur, dans le but de préserver un espace de dialogue futur avec Vladimir Poutine. Mais le format dit « Normandie » (France, Allemagne, Ukraine, Russie) patine par la faute des nationalistes ukrainiens qui, forts du soutien américain, poussent le président Zelenski à ne pas céder sur la Crimée, perdue en 2014 au profit de la Russie. Or, si les Américains sont prêts à soutenir militairement les ukrainiens, hors de question pour eux d’envahir la Crimée sous contrôle russe. Et tant que les Ukrainiens n’auront pas fait leur deuil de la Crimée, aucune solution politique n’émergera dans le Donbass, où les Américains se sont engagés encore une fois pour empêcher les Russes d’avancer, mais pas pour aller envahir un territoire sous contrôle russe.

Dernier conflit ouvert, et non des moindres, la Biélorussie. Depuis les élections truquées de 2020 et l’exil de celle qui a remporté les suffrages, Svetlana Tikhanovskaya, en Lituanie voisine, le président Loukachenko doit faire face à une opposition organisée qui travaille depuis la Pologne et la Lituanie voisines, toutes deux membres de l’Union Européenne. A Moscou, Vladimir Poutine n’a pas trop le choix. Il aimerait bien remplacer Loukachenko par un président pro-russe moins remuant. C’était le projet de nouvelle Constitution qu’il avait réussi à imposer à son allié biélorusse en échange d’un soutien financier, avec à la clé un départ de l’actuel président biélorusse en douceur. Mais ce dernier, après avoir dépensé l’aide russe, semble avoir remis le projet de Constitution aux calendes grecques. De toute façon, le soutien du gouvernement russe à Loukachenko pendant le soulèvement de 2020 a été si fort qu’il a fini par monter toute la population biélorusse, pourtant très largement russophone et russophile, contre le « grand frère » russe. Impossible aujourd’hui d’imaginer qu’un autre gouvernement pro-russe puisse tenir à Minsk. Alors Poutine soutient Loukachenko comme l’arbre soutient le pendu. Car si Loukachenko tombe, ce sont les oligarques russes qui demanderont la tête de Poutine qui, après avoir perdu l’Ukraine, aura perdu la Biélorussie au profit de l’Union.

Mais la partie n’est hélas pas finie et un nouveau conflit semble sur le point de démarrer à nos frontières. C’est un conflit vieux de trente ans qu’on a mis au congélateur en 1995 avec un accord boiteux. Il est situé dans une zone qui a toujours été la poudrière de l’Europe: les Balkans. Et plus précisément à son épicentre naturel, Sarajevo. A la suite des accords de Dayton de 1995, la Bosnie-Herzégovine est devenue quasiment une coquille vide au profit de la République serbe de Bosnie et de la fédération croato-bosniaque. Or, le président de la partie serbe, Milorad Dodik (photo), souhaite maintenant se retirer de l’armée nationale et créer une force de défense serbe autonome. Il est soutenu dans ce projet par le président de la République de Serbie Alexandar Vucic, l’ « ennemi intérieur » de l’Union Européenne, à savoir le Premier Ministre hongrois Viktor Orban, et bien sûr le Président russe Vladimir Poutine, qui réaffirme par là la vieille amitié entre Serbes et Russes. Du côté de la fédération croato-bosniaque, les choses ne vont pas mieux. Catholiques croates soutenus par la Croatie voisine et musulmans bosniaques soutenus par le Président turc Erdogan sont au bord de la rupture. Ce qui a changé depuis 1995 ? La fin de la bienveillance russe, qui a vécu l’indépendance de fait du Kosovo comme une humiliation ; l’hostilité de la Turquie vis-à-vis de l’Union, depuis que cette dernière à accepté la candidature de la Turquie en reportant son entrée effective ad vitam aeternam ; et enfin l’entrée de la Hongrie et surtout de la Croatie dans l’Union. Turquie, Russie, Union Européenne: les trois belligérants viennent de trouver un nouveau théâtre d’opération pour continuer leur guerre hybride.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :