De Rousseau à Zemmour

« Ce qui marche, en politique, c’est ce qui est long et progressif ». Ainsi parlait l’un des grands sages de la Ve République, Michel Rocard. Il avait mille fois raison. Le progrès social ne peut se faire que sur cette base, sinon la réaction qui ira contre sera d’une force inouïe. Ainsi en a-t-il été par exemple du vote des femmes. Ce qui paraît une évidence aujourd’hui a été un long combat qui a commencé au lendemain de la Première Guerre Mondiale et qui ne s’est achevé que par un simple décret du Gouvernement Provisoire de la République Française en 1944. Pourquoi tant de temps, me direz-vous ? Parce que si l’Assemblée Nationale y a été très tôt favorable, le Sénat, plus conservateur, s’y est longtemps opposé. On a même eu la situation ubuesque où Irène Joliot-Curie, Prix Nobel de Physique, était en 1936 membre du gouvernement Blum, tout en n’ayant même pas le droit de vote !Aujourd’hui, il semblerait que, poussée par des forces extrêmes, la société française soit en train, non pas d’avancer, mais de se déchirer. Aux deux extrêmes, on retrouve Sandrine Rousseau (à gauche) et Eric Zemmour (à droite). La première représente le parti qui est à l’heure actuelle le plus avant-gardiste sur les questions sociétales et sociales, mais son socle électoral est réduit à la population libérale et cultivée des grandes métropoles, ce que les sociologues appellent souvent les « bobos ». La théorie défendue par Sandrine Rousseau est l’écoféminisme, idéologie selon laquelle la femme comme la nature sont les deux victimes de la domination masculine. Cette dérive de l’écologie va trop loin, dans le sens où elle ne prône pas la montée progressive vers l’égalité hommes-femmes qui est encore loin d’être achevée: elle victimise les femmes et monte les personnes les unes contre les autres. A l’autre extrémité du spectre politique, Marine Le Pen est dépassée. Libérale sur les questions de la laïcité, de l’avortement et du droit des femmes en général, elle est doublée sur sa droite par Eric Zemmour qui prône carrément le retour de l’impunité d’antan pour la main aux fesses et réécrit l’Histoire concernant le Maréchal Pétain. Et pourtant, ce dernier semble avoir un socle électoral assez large, preuve que la société française n’évolue pas aussi vite que certains le pensent. Le conservatisme est en réalité très profond en France car il touche plusieurs milieux: d’abord les milieux traditionnalistes qu’on a vu se réveiller lors du combat contre le mariage pour tous en 2012-2013; ensuite, la population qui vit loin des grandes métropoles et qui se sent la grande perdante de l’évolution actuelle; enfin, la population issue de l’immigration, qui vient de pays en général moins libéraux que la France, et qui ne s’adapte pas toujours facilement aux évolutions de notre pays sur des sujets comme la place de l’homosexualité, de la femme ou de la religion dans la société. Ainsi, si la société française est plus libérale en matière d’homosexualité que dans les années 70-80, la nudité a reculé dans le même temps. Le naturisme n’est plus autant à la mode, tandis que les soutien-gorge ont refait leur apparition massive sur nos plages. On voit même apparaître depuis peu un combat plutôt étrange pour le « burkini »: des femmes musulmanes demandent maintenant le droit de se couvrir à la plage, comme si le « bikini », autrefois décrié dans les années 1950, était maintenant devenu obligatoire ! Bikini et burkini sont en fait comme un symbole de cette société française irréconciliable qui se déchire: c’est le tout ou rien. Libéralisme absolu ou conservative total, il semblerait qu’il ne soit plus possible de trouver de point médian sur lequel la société française puisse se rassembler aujourd’hui.

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