La surprise Pécresse

Les planètes sont en train de s’aligner pour une victoire présidentielle de Valérie Pécresse. Attention, toutefois, rien n’est encore joué. Cette dernière devra montrer que, outre son CV de présidentiable, elle a une véritable stature de cheffe d’Etat. Elle devra également être à la hauteur lors du probable débat d’entre deux tours face à un président expérimenté et qui reste haut dans les sondages après un mandat, ce qui n’était pas arrivé depuis bien longtemps.

Pourquoi la situation s’est-elle retournée si vite ? Il y a d’abord Eric Zemmour qui mange sur l’électorat de Marine Le Pen et la prive d’une pole position qui semblait assurée pour le premier tour. A force de se recentrer pour élargir son électorat et d’abandonner les thèmes classiques de l’extrême droite pour se concentrer sur le souverainisme, Marine Le Pen a laissé un espace politique à sa droite, espace dans lequel s’est engouffré le polémiste. Cela était-il inévitable ? Sans doute. Marine Le Pen, on l’a toujours dit, n’est pas la copie conforme de son père. Elle a hérité de ce parti, mais il fallait bien qu’elle le façonne à son image. En outre, elle est une femme et, sur les questions de l’avortement comme sur l’égalité hommes-femmes, il lui était difficile d’avoir une position aussi conservatrice que son père.

Ensuite, il y a la situation catastrophique de la gauche, à la fois marginalisée et émiettée: cinq candidats, Fabien Roussel, Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot, Anne Hidalgo et Arnaud Montebourg, donnés entre 2% et 10% d’intentions de vote, et dont le total n’excède pas 30% de l’électorat. Il semblerait que la leçon de 2017 n’ait pas été retenue et que chacun préfère faire la promotion de ses idées dans cette élection plutôt que d’essayer de la gagner. La conséquence est qu’une bonne partie de l’électorat de centre-gauche préfère se rallier à Emmanuel Macron, même si la politique de ce dernier n’a pas vraiment été une politique de gauche durant le dernier mandat. Aux yeux de ces électeurs, le président n’est pas un rêve, mais un moindre mal.

Toutefois, la candidature Pécresse rebat complètement les cartes à gauche: en effet, si cette dernière est qualifiée pour le second tour, la majorité de la gauche modérée qui aura apporté ses voix au premier tour aux socialistes ou aux verts ira probablement se réfugier dans l’abstention, estimant que Macron ou Pécresse, c’est « blanc-bonnet et bonnet-blanc ». A l’inverse, même si le report des voix à droite n’a jamais été total dans l’Histoire récente, on peut estimer que la grande majorité des voix qui s’est portée sur l’extrême droite se reportera sur la droite républicaine au second tour.

D’une certaine façon, même s’il semble que l’équipe gouvernementale d’Emmanuel Macron soit encore soutenue par une bonne partie de la population, ce qui, répétons-le, reste exceptionnel après plus de quatre ans de mandat, la République en Marche et ses alliés vont certainement payer lors de cette présidentielle leur principale erreur, à savoir leur amateurisme politique, comme l’a noté le journaliste politique Jean-Michel Aphatie.

En premier lieu au Parlement: lors de la sélection des candidats macronistes aux élections législatives, en 2017, il y avait dans le pays une sorte d’enthousiasme pour un renouvellement de la classe politique. Le résultat n’a évidemment pas été à la hauteur. On n’envoie pas impunément trois cents amateurs au Palais Bourbon ! Les couacs et les départs ont été nombreux, au point que LaREM a fini par perdre la majorité absolue. Peu de nouvelles personnalités ont émergé. Le naufrage a été symbolisé par une personnalité pourtant brillante, le mathématicien Cédric Villani, élu haut la main député sur le plateau de Saclay, et qui s’est entêté à conquérir la mairie de Paris, refusant même pour cela d’entrer au gouvernement. Non seulement il a fait un score ridicule, mais en plus il a ouvert un boulevard à Anne Hidalgo dont la réélection était loin d’être assurée. Aujourd’hui il fait partie des nombreux députés macronistes qui ne siègent plus au sein du groupe.

En second lieu, au niveau local: en refusant de s’appuyer sur ses alliés traditionnels comme le MoDeM, mieux implanté localement de par son Histoire, et en ayant négligé la structuration locale du parti, Emmanuel Macron a fait l’impasse sur la maitrise des territoires pour se concentrer uniquement sur le contrôle des grandes métropoles, qu’il estime être le coeur de son électorat. Mauvaise pioche. La quelque douzaine de grandes métropoles dynamiques que compte ce pays est loin de faire une majorité. Il faut aussi être présent dans les villes moyennes et dans les territoires ruraux. C’est d’ailleurs ce qui a toujours fait la force électorale de la droite française par rapport à la gauche et qui explique qu’elle ait pratiquement toujours conservé la majorité au Sénat. Quant aux villes-centres des grandes métropoles, aucune n’a réussi a être conquise, Paris compris. C’est un échec sur toute la ligne. Si Emmanuel Macron est battu au soir du second tour de la présidentielle, la République en Marche restera sans doute dans l’Histoire de la Ve République comme le plus important feu de paille qu’elle ait connu.

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