Ukraine: le grand bluff de Poutine

Pauvre Vladimir Poutine ! Il semble que l’administration Biden ne croit pas du tout en l’hypothèse de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Et pourtant, l’armée russe a massé près de 170 000 hommes près de la frontière ukrainienne et, surtout, elle l’a fait de la manière la moins discrète possible, afin que les satellites-espions américains le découvrent et alertent les médias du monde entier pour prévenir que l’ogre russe était de retour. En réalité il n’en est rien. Vladimir Poutine ne fait que montrer ses muscles pour empêcher l’Ukraine d’adhérer à l’OTAN et Joe Biden n’est pas dupe. Il lui a répondu sèchement que chaque pays est « libre » de choisir avec quel pays s’associer. Maintenant, supposons que la Russie envahisse l’Ukraine. Trois scénarios sont alors envisageables.

Le premier scénario, qui est le plus probable, est que l’armée ukrainienne oppose une farouche résistance à l’armée russe. La guerre entre la Russie et la Géorgie en 2008 avait déjà montré les limites de la Russie. En outre, l’Ukraine n’est pas vraiment de la même taille que la Géorgie. Son armée se bat depuis 2014 et elle est maintenant entrainée et conseillée par les Etats-Unis. Même si, durant l’ère Porochenko, le matériel était complètement dépassé et la corruption endémique, la situation s’est nettement améliorée depuis l’arrivée du président Zelenski. Ajoutez à cela la haine qu’entretiennent les Ukrainiens pour les Russes depuis l’invasion de la Crimée et vous pouvez imaginer que les Ukrainiens ne vont pas laisser les Russes entrer à Kiev comme dans un moulin. Or la population russe n’est pas dans son ensemble très favorable à la guerre et si celle-ci est longue et coûteuse en vies humaines, Vladimir Poutine devra vite rebrousser chemin.

Le second scénario, moins probable, est que l’armée ukrainienne soit malgré ses efforts dépassée par l’armée russe. En moins de quelques semaines, les Russes entrent à Kiev et les Ukrainiens capitulent. Reste la question de la remise au pas de l’Ukraine. Cette dernière va-t-elle se resoumettre aux Russes comme lors des siècles précédents ou va-t-elle résister à l’occupant ? Va-t-on voir apparaitre des mouvements terroristes avec des embuscades qui finiront par saper le moral des soldats russes de l’armée de l’occupation ? C’est sans doute la situation la plus probable dans ce second scénario. Il parait difficile aujourd’hui d’occuper un pays de quarante millions de personnes quand on en a cent quarante millions. Cela demande des ressources humaines et financières colossales que la Russie n’a certainement pas.

Le troisième scénario, le plus improbable, est que la Russie, plutôt que de perdre la guerre, préfère se venger de l’Ukraine en utilisant l’arme atomique. La Russie se trouverait alors mise au ban des nations et il parait improbable que Vladimir Poutine puisse se maintenir durablement. L’arme atomique est avant tout une arme politique. Elle est utile à une table de négociations, pas forcément sur un champ de bataille.

On voit donc que, quel que soit le scénario, les Russes finissent par perdre sur le long terme. Vladimir Poutine n’a toujours pas compris que les gains territoriaux ne se font plus aujourd’hui par la force du canon, mais par le « soft power ». On l’a vu pour la première fois avec la réunification allemande en 1990. Les Allemands de l’Est ne voulaient pas forcément vivre avec les Allemands de l’Ouest, ils voulaient vivre comme les Allemands de l’Ouest. Ils rêvaient tout simplement d’échanger leurs vieilles Trabant contre des belles Mercedes ou BMW rutilantes.

Néanmoins, les Américains iront-ils jusqu’à ignorer totalement la menacer russe et accepter l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN ? Pas forcément. Ils préfèrent sans doute ménager un peu la susceptibilité russe, quitte à froisser leur nouvel allié ukrainien. Le plus probable est un scénario à la suédoise, c’est-à-dire que l’Ukraine deviendrait un membre de facto de l’OTAN sans en avoir le statut ni la protection du fameux article 5. Tout comme la Suède, elle pourrait alors s’aligner sur les standards militaires de l’OTAN et participerait aux exercices communs. Un moindre mal pour les Russes et un sacré avantage pour les Ukrainiens.

Reste la question du Donbass et de la Crimée. La solution ne viendra pas du terrain, mais d’une négociation politique. A l’heure actuelle, il faudrait aussi se placer du point de vue de la Russie et de la Chine et comprendre leur sentiment d’encerclement par les puissances occidentales. A l’Ouest, la Russie a reculé de plus de 2000 km entre 1989 et 2004, tandis que l’OTAN, qui était stationné à Berlin, est maintenant à moins de 200 km de Moscou et aux portes de Saint-Petersbourg. A l’Est, Taïwan n’a pas de légitimité internationale aux yeux de la Chine communiste. Elle n’est que le reliquat de l’ancien régime nationaliste qui a perdu la guerre civile et s’est réfugié sur la grande île. Il faudrait aussi parfois que l’Occident ouvre les yeux et se montre plus mesuré.

2 commentaires sur « Ukraine: le grand bluff de Poutine »

    1. Au moment où j’écrivais ces lignes, je pense que les Américains croyaient au coup de bluff. Mes amis russes non plus n’y croyaient pas. Mais comme les Américains n’ont pas voulu négocier, il n’a pas eu le choix.

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