Présidentielle 2022: l’heure des femmes ?

2022 sera-t-elle l’année où une femme entrera enfin à l’Elysée ? Les Américains n’ont toujours pas eu de femme présidente, pas plus que les Espagnols ou les Italiens n’ont eu de femme Premier Ministre. En revanche, les Allemands viennent de vivre sous la direction d’une femme pour la première fois de leur – relativement – jeune démocratie. Et quelle femme ! Angela Merkel a été élue et réélue pendant 16 ans, ce qui constitue un record outre-Rhin. Quant aux Britanniques, ils ont déjà eu deux Premiers Ministres de sexe féminin, Margaret Thatcher et Theresa May.

Pourquoi maintenant ? Il suffit de regarder déjà le nombre de femmes candidates. Dans le quatuor en tête des sondages, on trouve déjà deux femmes, Valérie Pécresse et Marine Le Pen. Dans le quartet des candidats dit « intermédiaires », il y a encore une femme, Anne Hidalgo. Enfin, dans les petits candidats, on trouve encore une femme, Nathalie Arthaud. Que de progrès depuis la première élection présidentielle de 1965 !

1965, souvenez-vous… Qui était candidat ? Le grand Charles, bien sûr. François Mitterrand, déjà, qui l’affrontera au second tour. Et puis, Jean Lecanuet, Marcel Barbu, Pierre Marcilhacy et Jean-Louis Tixier-Vignancour. Bref, parmi six candidats, pas une seule femme. Il faudra attendre 1974 et Arlette Laguiller pour voir pour la première fois une femme candidate à la magistrature suprême. Et encore, étant issue d’un parti trotskyste, il y avait peu de chance qu’elle entre un jour à l’Elysée.

Les choses ne vont véritablement bouger que dans les années 1990 à l’initiative des socialistes français. L’échec d’Edith Cresson à Matignon en 1991-1992 et le constat que toujours aussi peu de femmes sont élues au Parlement vont pousser Michel Rocard en 1994 à proposer pour la première fois une liste paritaire aux élections européennes. Cette liste « un homme, une femme » va être moquée sous le nom de liste « chabadabada », en référence au film de Claude Lelouch. François Mitterrand va la torpiller en lançant Bernard Tapie contre Michel Rocard, dans le but évident de ruiner définitivement les ambitions présidentielles de son meilleur ennemi pour 1995. Le « missile Tapie » va faire des ravages et la liste Rocard un modeste 14%.

1995 verra le départ de François Mitterrand de l’Elysée et la résurrection surprise de Lionel Jospin qui reprendra le flambeau de Michel Rocard sur la question de la parité. Puisque l’initiative ne suffit pas, alors imposons la parité dans la loi. Le succès sera mitigé puisque des femmes entreront massivement dans les conseils municipaux et régionaux, mais peu occuperont en réalité la tête d’exécutifs importants. A l’Assemblée Nationale ou dans les conseils généraux, on contourne la loi en proposant la candidature de femmes sur des circonscriptions ingagnables. Quant à la droite républicaine, elle justifiera en général son impossibilité d’arriver à la parité de candidats aux législatives par son nombre trop important de candidats sortants et préfèrera payer les pénalités.

Toutefois, avec le temps, des femmes commenceront à diriger des exécutifs importants. Marie-Christine Blandin, dans la région Nord-Pas-de-Calais, sera la première femme élue présidente de région en France métropolitaine, en 1992. Peu à peu, des femmes s’imposeront à la tête de grands exécutifs ou de grands ministères régaliens: à gauche, Martine Aubry sera maire de Lille, Ségolène Royal présidente de région Poitou-Charentes et enfin Anne Hidalgo maire de Paris. A droite, Michèle Alliot-Marie sera la première femme Ministre de la Défense puis de l’Intérieur. Quant au gouvernement, même si la loi ne l’impose pas, il devient peu à peu paritaire.

Mais l’Elysée sent toujours un peu trop la testostérone. 2002 ne déroge pas à la règle, avec l’affrontement musclé entre Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen. Il faudra attendre 2007 et la socialiste Ségolène Royal pour qu’une femme atteigne le second tour de la présidentielle. Toutefois, la droite n’a pas encore progressé sur le sujet. Les autres femmes candidates en 2007, Dominique Voynet pour EELV, Marie-Georges Buffet pour le PCF et Arlette Laguiller pour LO, sont toutes issues de la gauche et de l’extrême-gauche. Quant aux socialistes, ils vont surtout savonner la planche de Ségolène Royal, en particulier Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius qui ont perdu la primaire contre cette dernière. Au soir du second tour, Ségolène Royal sera sèchement battue par Nicolas Sarkozy. Ironie de l’Histoire pour Ségolène Royal: c’est son ancien compagnon et père de ses quatre enfants François Hollande qui entrera à l’Elysée cinq ans plus tard.

2017 voit une nouvelle fois une femme accéder au second tour de la présidentielle avec Marine Le Pen, mais cette fois-ci à l’extrême droite. Toutefois, le nombre de candidates s’est réduit par rapport aux élections précédentes: elles ne sont que deux, avec Nathalie Arthaud pour LO, aux deux extrêmes de l’échiquier politique. Lors du débat d’entre deux tours, Marine Le Pen, tout comme Ségolène Royal en 2007, ne va pas tenir la route face à son homologue masculin. Le second tour ne sera qu’une formalité pour Emmanuel Macron, avec l’aide du front républicain qui se dressera contre cette dernière. Pour 2022, comme je l’ai dit dans un précédent article, les planètes sont alignées différemment, mais rien n’est encore écrit.

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