Olaf Scholz, le Jospin allemand

Si le nouveau chancelier allemand n’est pas très connu de ce côté-ci du Rhin, il a pourtant une des carrières politiques les plus longues que l’Allemagne moderne ait connu. Encarté dès 1975 à l’âge de 17 ans aux Jusos, l’organisation de jeunesse du SPD, il flirte avec l’aile gauche du parti et la rupture avec le capitalisme, alors en vogue à l’époque, avant de se modérer avec l’âge. Avocat, député à 30 ans, premier bourgmestre de Hambourg, secrétaire général du SPD, plusieurs fois ministre sous Gerhard Schröder puis dans les grandes coalitions sous Angela Merkel, c’est à la force du poignet qu’il finit, à 63 ans passés, par franchir la dernière étape de son parcours politique, à savoir conquérir la tant convoitée chancellerie fédérale, après de nombreux échecs.

Il y a du Lionel Jospin chez Olaf Scholz. D’abord par sa jeunesse politique marquée à l’extrême gauche, avant de filer au centre lorsque les responsabilités politiques viennent. Il y a aussi un côté apparatchik chez les deux hommes, qui ont gravi tous les échelons du parti avant d’en prendre la tête et qui ont passé leur vie entière entre Parlement et ministères. Il y a enfin un côté un peu terne, il faut bien le reconnaître. Olaf Scholz n’a pas le côté séducteur d’un Gerhard Schröder. On se rappelle, de ce côté du Rhin, que Lionel Jospin n’a pu renaître de ses cendres que parce qu’il a su relever le gant du Parti Socialiste après l’abandon de Jacques Delors, au moment où son parti n’était qu’un champ de ruines. Selon ses mots, Lionel Jospin avait réussi en 1995 à « fendre l’armure », mais cette dernière s’est hélas vite reconstituée. Les habitudes ont la vie dure.

Il y a toutefois une différence de taille pour les deux hommes: ils ne vivent pas sous le même régime. L’Allemagne est une démocratie parlementaire classique où le Président de la République, sans pouvoir réel, nomme comme chancelier fédéral – c’est-à-dire comme Premier Ministre – le chef du parti arrivé en tête aux élections. Ce dernier doit alors réunir une coalition de partis regroupant une majorité de députés sur un programme de gouvernement. Cela ressemble assez à notre IIIe République, en somme. Mais cela ne fonctionnait pas en France. Les gouvernements tombaient comme des mouches et l’instabilité ministérielle était permanente, même – et surtout – pendant l’invasion allemande de 1940. La IVe République, petite soeur de la IIIe, a connu la même instabilité pendant la Guerre d’Algérie. C’est ce qui a amené le Général de Gaulle à instaurer notre régime actuel, ce qu’on appelle souvent la « monarchie républicaine ». Ce régime, qui dérive vers le césarisme, a été fatal pour des hommes certes un peu ternes mais compétents, comme par exemple Lionel Jospin. Et on imaginerait mal Olaf Scholz se fait élire Président en Allemagne avec un régime pareil !

Doit-on pour autant regretter notre régime politique ? Devrait-on aller jusqu’à revenir à un régime parlementaire, comme le demande une partie de la gauche, sous la bannière de la VIe République ? Je réponds personnellement par la négative. Chaque démocratie doit s’adapter à la nation qu’elle est censée représenter. Les monarchies parlementaires espagnoles et britanniques sont très différentes l’une de l’autre. De la même façon, on ne peut pas considérer non plus le régime semi-présidentiel français comme un avatar du régime présidentiel américain. L’important est qu’une Constitution convienne à son peuple et qu’elle soit amendable pour évoluer dans le temps.

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