Musulmans de France: les vérités à dire

Dans cette campagne électorale où tout et son contraire semble pouvoir se dire sur les musulmans sans que rien ne soit étayé par des preuves ou des chiffres, essayons un peu d’y voir clair avec quelques éléments tangibles.

D’abord, sur le sentiment que, selon certains, « il y a trop de musulmans en France », commençons par répondre simplement aux questions: « Combien y en a-t-il à peu près actuellement ? » et « Combien y en a-t-il chez nos voisins ? ». A la première question, il est difficile de répondre précisément, d’une part parce que la République Française ne fait pas de statistiques ethnico-religieuses sur sa population, d’autre part parce qu’il est difficile de définir exactement ce qu’est un musulman: un enfant de deux parents musulmans, même s’il ne se sent pas lui-même musulman ? un enfant issu d’un seul parent musulman mais se sentant lui-même musulman ? un musulman croyant mais non-pratiquant ? On voit que la fourchette est large. La fourchette basse, donnée par l’Observatoire de la Laïcité en 2019, donne un chiffre d’environ 4 millions de musulmans en France, soit 6% de la population totale. La fourchette haute, donnée par le Pew Research Center en 2017 et qui recense toutes les personnes ayant une « origine musulmane » avérée, donne un chiffre d’environ 8 millions de personnes, soit près de 12% de la population totale. La réalité se situe à peu près entre les deux, soit aux alentours de 6 millions de personnes, chiffre communément admis pour 2021, ce qui représente 8,8% de la population française.

Par rapport à nos voisins européens proches, la France se situe effectivement dans la fourchette haute pour la proportion de sa population musulmane, devant la Belgique (6%), l’Autriche et la Suisse (5,7%), les Pays-Bas (5,5%) et l’Allemagne (5%). A l’inverse, dans les anciens pays de l’Est (Tchéquie, Slovaquie, Pologne, Pays baltes, Hongrie, Roumanie), cette proportion est inférieure à 0,2%. Il y a donc bien un « mur de Berlin » de l’immigration musulmane au sein de l’Europe, et cela explique aussi pourquoi les pays de l’Est ont catégoriquement refusé de prendre leur part de migrants au moment de la crise migratoire de 2015. Seule la Bulgarie, voisine de la Turquie et qui compte une minorité issue de ce pays, fait exception à cette règle (13% de population musulmane).

Mais la question ne concerne pas seulement le nombre brut. Il en va aussi de sa répartition sur le territoire: on se doute bien qu’il y a beaucoup moins de musulmans dans la Creuse ou le Cantal que dans les Bouches-du-Rhône. Un exemple est éloquent à ce sujet: celui de la Seine-Saint-Denis, département regroupant la majorité des cités sensibles de la proche banlieue parisienne. Ici, les chiffres explosent: 42% de la population est musulmane dans ce département. L’Insee précise que Mohamed a été le prénom le plus donné en 2002 dans le 93. Toutefois, n’oublions pas que ce n’est pas par choix que les musulmans se sont regroupés en Seine-Saint-Denis. Ce sont les politiques et eux seuls qui ont concentré dans certaines banlieues les logements de mauvaise qualité à partir des années 1960 et réservé d’autres territoires à des populations plus aisées. Il n’est donc pas étonnant que les immigrés, et parmi eux les musulmans, se retrouvent aujourd’hui quasiment majoritaires sur ces quartiers dit sensibles.

Concernant les valeurs que partagent les musulmans de France, il faut aussi dire la vérité. Selon le rapport publié en 2016 par l’Institut Montaigne et réalisé à partir de sondages de l’IFOP, la moitié des musulmans de France sont sécularisés. Cela signifie qu’ils se définissent comme laïcs avant tout, même si la religion peut occuper une place importante dans leur vie. Un quart restant des musulmans de France se définissent comme musulmans avant tout et revendiquent leur foi dans l’espace public, mais respectent néanmoins la laïcité et les lois de la République. Reste le dernier quart, celui des « ultras », en rupture avec les valeurs de la République. Ce profil est surreprésenté chez les plus jeunes (50% des moins de 25 ans contre 20% des plus de 40 ans) et il a tendance a progresser ces dernières années.

L’avenir ne s’annonce hélas pas rose dans ce pays, car tout semble aller vers une confrontation entre musulmans et non-musulmans. Parallèlement à la montée de la défiance envers l’islam en France marquée par les scores de plus en plus élevés de l’extrême-droite aux différentes élections, la pratique religieuse des musulmans n’a cessé de se tourner vers un certain conservatisme depuis les années 2000. Le port du voile a progressé de 10% de 2003 à 2019 (IFOP 2019), ainsi que des tendances peu égalitaires: demandes d’horaires séparés pour les femmes et les hommes à la piscine (approuvé par 43% des musulmans, CEVIPOF 2005), apparition du burkini à la plage, fortes pressions sur les jeunes filles musulmanes des quartiers sensibles pour qu’elles soient vierges au mariage et qu’elles n’épousent pas un non-musulman, etc.

Pour terminer, deux derniers chiffres qui, eux, font froid dans le dos: si l’homophobie a fortement régressé dans l’ensemble de la population française, ce n’est toujours pas le cas chez les musulmans de France. Si 21% des Français condamnent encore l’homosexualité, cette proportion monte à 63 % chez les musulmans (IFOP 2019). Enfin, si le sentiment antisémite est encore présent chez 18% de l’ensemble des Français, il est de 46% chez les musulmans de France (CEVIPOF 2005). Très inquiétant.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :