Jean-Paul Pelras: « Jadot, le paysan et les Tortues Ninja »

A l’heure où le monde paysan appelait à manifester pour dénoncer à la fois les pertes de revenus, la hausse des matières premières, l’hégémonie des distributeurs et les dogmes environnementaux, Yannick Jadot s’est exprimé sur France Info pour s’en prendre une nouvelle fois aux pratiques agricoles. C’est à se demander ce qu’il lui restera à raconter le jour où il n’y aura plus de paysans à stigmatiser. Scénario hautement envisageable si les écologistes continuent à dénigrer ceux qui tentent de protéger leurs cultures pour maintenir leur compétitivité et assurer, est-il nécessaire de le rappeler à ceux qui ont perdu le sens des priorités, l’autonomie alimentaire des Français.

Car c’est évidemment sur les épandages de produits phytosanitaires que le candidat à l’élection présidentielle a jeté son dévolu en évoquant, cette fois-ci, les maladies infantiles. « On met aujourd’hui nos enfants dans des environnements qui les rendent malades. On a une épidémie de cancers pédiatriques, comme on a une épidémie de maladies chroniques liées à cette pollution environnementale. » Et le journaliste de l’interrompre : « Ça reste pour l’instant inexpliqué… » « Parce que personne ne veut chercher », répond Jadot, en renvoyant la responsabilité sur Santé publique France et en évoquant les « spécialistes qui disent que l’exposition à plusieurs molécules chimiques est considérée officiellement comme cancérigène ».

De toute évidence, fin connaisseur de nos campagnes et des techniques agricoles, profitant du prisme médiatique qui lui est offert par le service public, Jadot rajoute : « Des épandages à 3 mètres avec des agriculteurs habillés comme des Tortues Ninja pour ne pas être contaminés par l’utilisation des pesticides. Et on laisse les enfants courir dans les jardins. »

Les agriculteurs, responsables des cancers des enfants ?

En quelques secondes, le politicien, en usant d’arguments ultrasensibles puisqu’ils concernent l’enfance, est parvenu à diaboliser le monde agricole. Et pourtant, fin 2019, toujours sur France Inter, le même député européen déclarait avec un aplomb incroyable : « S’il y a une formation politique qui est depuis des années aux côtés des éleveurs, de l’ensemble des paysans, ce sont les écologistes. C’est nous qui les défendons. » « On sort des pesticides, on installe 200 000 paysans ou plus dans notre pays. »

Des déclarations contradictoires et dépourvues de tout argument professionnel jetées aux quatre vents des sensibilités actuelles avec des éléments de langage anxiogènes comme unique carburant. Jadot, une fois de plus, déambule aux limites de l’honnêteté intellectuelle en situant l’agriculture française en apostille des jardins publics, comme si les paysans passaient leur temps à pulvériser sciemment des phytosanitaires à proximité des terrains de jeu, des squares, des crèches, des cours de récréation…

Mensonges et manipulations

Il fait référence à « des études scientifiques » sans étayer son propos… Et sans mentionner, bien sûr, que ces études concernent des pays étrangers. En réalité, il n’y a pas d’explosion des cancers pédiatriques en France : leur incidence est stable depuis plus de vingt ans. À l’instar, finalement, des « pisseurs de glyphosate », qui sont parvenus, avec les résultats bidons et un labo militant, à dresser une partie de la population contre l’agriculture conventionnelle. Celle qui, de toute évidence, ne doit pas être la seule à balayer devant sa porte puisque régulièrement des produits bio sont retirés en urgence des linéaires, comme ces temps-ci des salades de carottes ou de betteraves commercialisées chez Leclerc. Rappelons à ce titre que le budget mensuel alimentaire d’une famille est de 450 euros contre 1 148 euros pour les adeptes du bio. Ceci expliquant en partie cela, le bio n’a plus la cote, ses ventes ont reculé de plus de 3 % en un an, avec des répercussions sur la quasi-totalité des filières AB, qui doivent désormais gérer les excédents. Une précision économique et quelques entorses à l’angélisme verdoyant qui semblent échapper totalement au discours de l’écologiste.

Les bien-pensants environnementalistes avec, à leur tête, Yannick Jadot et Benoît Biteau, devraient, s’ils souhaitent vraiment dénoncer l’impact des pesticides sur la santé, s’intéresser plutôt aux produits importés en provenance des pays de l’Est, d’Espagne, du Mercosur ou du Maghreb. Ils devraient aller vérifier si au Maroc, au Brésil, au Sahara occidental ou en Andalousie, les agriculteurs ressemblent aussi à des Tortues Ninja et, pourquoi pas, le signifier directement à Pedro Sanchez, à Jair Bolsonaro ou à Mohammed VI.

Évidemment, il est plus facile et certainement moins risqué de désigner le vigneron bordelais, l’arboriculteur catalan, l’éleveur aveyronnais, le producteur laitier normand, le céréalier orléanais ou le maraîcher breton. Reste à savoir comment la FNSEA, les JA et la Coordination rurale vont réagir aux propos de l’écologiste, à l’heure où notre agriculture perd pied face aux environnementalistes dans un contexte politique où l’émotion l’emporte de plus en plus systématiquement sur la raison.

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