Régions: la boite de Pandore

Yannick Jadot l’avait dit avant lui. Oui, mais tout le monde sait que Yannick Jadot n’arrivera jamais au pouvoir, donc il peut dire ce qu’il veut, tout le monde s’en moque. Mais si c’est Gérald Darmanin qui le dit, c’est nettement plus sérieux. Et plus grave.

De quoi s’agit-il ? Bien évidemment de l’autonomie de la Corse. Cette fois-ci, ce n’est pas le candidat écologiste à la présidentielle qui s’est prononcé en faveur de l’autonomie de l’Ile de Beauté, c’est le ministre de l’Intérieur en personne. Et s’il s’est permis de faire cette déclaration, c’est qu’il avait forcément l’aval du Président de la République. Dans quel but ? Avant tout, pour calmer la colère de la grosse minorité indépendantiste de l’île un peu remuante après l’assassinat d’Yvan Colonna par un de ses codétenus islamistes.

Certes, l’autonomie de la Corse, c’est un peu l’Arlésienne de la politique. On la ressort régulièrement comme la solution miracle pour résoudre tous les problèmes de la Corse, depuis le premier statut de l’Ile de Beauté mis en place par Pierre Joxe au début des années 1990. Et pourtant, l’autonomie, les Corses savent qu’ils ne la verront jamais. Pourquoi ?

Tout simplement parce que la Corse n’est pas la lointaine Nouvelle-Calédonie. Historiquement comme géographiquement, la Corse est ancrée dans la France métropolitaine, pas dans les territoires d’outre-mer. Son manque d’origine « gauloise » n’est pas non-plus une spécificité corse: quid de la Bretagne, de l’Alsace, d’une partie de la Lorraine, du Pays Basque et de la Flandre ?

Car c’est là tout le problème: comme la Corse est ancrée dans la France métropolitaine, chaque fois qu’on propose l’autonomie à la Corse, la Bretagne demande la même chose, suivie en général par l’Alsace, le Pays Basque, et ce jusqu’à l’Auvergne. Et après tout, pourquoi arrêter l’autonomie à la Corse ? Parce que c’est une île ? Les revendications des autres territoires sont-elles moins légitimes ?

Or, dans un pays jacobin comme le nôtre, centralisé à l’extrême autour de sa capitale, parler de fédéralisme est un gros mot. Tout juste peut-on parler de « décentraliser » certaines compétences, ce qui revient en réalité pour l’Etat à se décharger des tâches les plus ingrates sur les collectivités locales sans forcément leurs donner les moyens financiers qui vont avec.

L’exemple le plus scandaleux de notre jacobinisme national est bien évidemment le regroupement des régions effectué par Manuel Valls lors de la présidence Hollande, sous prétexte de faire des économies d’échelle. Non seulement les populations locales n’ont pas été consultées, ce qui est contraire au droit européen, mais en plus ces regroupements ont été faits dans un but clairement électoraliste, afin d’optimiser les régions susceptibles de rester dans le giron socialiste. Cela a été effectivement efficace lors des élections régionales suivantes, où le PS a fait presque jeu égal avec l’opposition de droite. Mais, du point de vue de la carte de France, hormis la Normandie enfin réunifiée, que veulent dire ces régions ? « Hauts de France », « Grand-Est », « Auvergne-Rhône-Alpes » n’ont aucune identité. Quant à la Bretagne, elle n’est toujours pas réunifiée.

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