24 avril 2022: ce sera Macron ou le général Burkhard

Le 24 avril 2022, les Français seront appelés aux urnes pour élire le nouveau Président de la République. Ils devront, comme en 2017, choisir entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Mais contrairement à 2017, les sondages annoncent des résultats un peu plus serrés. Dans les antichambres du pouvoir, ce qu’Emmanuel Macron appelle avec euphémisme l’Etat profond, on se prépare à agir, au cas où. L’Etat profond, c’est le vrai pouvoir de la France: un groupe restreint de hauts fonctionnaires, de diplomates, de policiers et de militaires de haut rang qui veillent sur les intérêts vitaux de la France. Lorsqu’Emmanuel Macron voulait trop se rapprocher de Vladimir Poutine à une époque où ce dernier était encore fréquentable, le locataire de l’Elysée trouvait en face de lui une armée compacte de diplomates bien peu obéissants. C’est comme si le Président de la République conduisait en permanence une voiture à double commande avec à sa droite un moniteur d’auto-école qui le laisse faire tant qu’il estime qu’il ne fait pas de bêtises.

Le 24 avril 2022, il y a un risque non-négligeable que le « conducteur de la voiture » change et décide carrément de désobéir au moniteur d’auto-école. Vous imaginez sûrement la suite: le moniteur appuiera sur la pédale de frein et dira fermement au conducteur: « S’il vous plait ! Sortez du véhicule ! » En d’autres termes, cela s’appelle un Coup d’Etat. Pourquoi donc verrait-on un pronunciamento de généraux prendre le pouvoir dans notre bonne vieille République qui a l’air si indestructible ? Relisez donc vos livres d’Histoire. La Guerre d’Algérie et surtout l’incompétence des politiques de la IVe République à la résoudre ont mené au Coup d’Etat du 13 mai 1958. Ce n’est pas si vieux que cela. Et si l’homme providentiel de Colombey-Les-Deux-Eglises n’était pas intervenu, les parachutistes du Général Massu auraient sauté sur l’Assemblée, Matignon et l’Elysée. Rien que cela ! C’était l’opération « Résurrection ». Mais l’Histoire en a décidé autrement et a fort heureusement accouché d’une nouvelle République qui, bien que décriée en son temps, s’est finalement imposée dans la durée.

Suite de l’Histoire. 21 avril 1961, même décor, Alger, même cause, la Guerre d’Algérie, mais cette fois-ci, c’est un ancien militaire, le Général de Gaulle, qui loge à l’Elysée. Et surtout, le Coup d’Etat est fort mal préparé, car les policiers ont été laissés hors jeu. Les généraux Salan, Jouhaud, Challe et Zeller tentent de refaire le Coup du 13 mai, mais cette fois-ci contre de Gaulle. Bien mal leur en a pris: apparu en uniforme de Général a la télévision française, le Président de Gaulle a fustigé un « quarteron de généraux en retraite, ambitieux et fanatiques ». En coulisses, de Gaulle a bien sûr téléphoné à la majorité des hauts gradés de l’armée et de la police pour être rassuré sur leur soutien. Mais sans de Gaulle à l’Elysée, le putsch d’Alger aurait-il échoué ? Rien n’est moins sûr.

Revenons maintenant au 24 avril 2022 et supposons que Marine Le Pen l’emporte. Pourquoi l’Etat profond interviendrait-il ? Pas tant pour la politique anti-immigrés de Marine Le Pen, il faut bien le dire. Non, le risque vient du financement de longue date de l’ancien parti frontiste par le Kremlin. Marine Le Pen ne s’en est d’ailleurs pas vraiment cachée. Mais jamais les hauts fonctionnaires, diplomates, policiers et militaires de haut rang n’accepteront que la France quitte l’Alliance Atlantique pour s’allier à la Russie. Même lorsque de Gaulle avait quitté le commandement militaire intégré de l’OTAN en 1966, il n’avait pas même émis l’hypothèse de quitter l’Alliance Atlantique, encore moins d’intégrer le Pacte de Varsovie ! En outre, la France étant une puissance nucléaire, même les Etats-Unis ne pourraient intervenir militairement. Et ils vivraient alors leur pire cauchemar, celui de se retrouver en minorité au sein des membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU, avec pour seuls alliés le Royaume-Uni, face à une nouvelle triade Chine-Russie-France. On voit donc que cette élection présidentielle dépasse largement le cadre de notre petit hexagone.

Qui mènerait ce coup d’Etat ? Un nom vient évidemment en tête: celui du Chef d’Etat-Major des Armées, le Général Thierry Burkhard (photo). C’est Emmanuel Macron qui l’a nommé à ce poste le 7 juillet 2021. Qu’a-t-il de particulier ? Il ne ressemble en rien à ses prédécesseurs, qui sont pour la plupart ce que l’on appelle des « militaires de bureau », c’est-à-dire des personnes qui ont passé le plus clair de leur temps dans les salons feutrés des Etats-Majors et des ministères. Thierry Burkhard, lui, est un vrai guerrier. Il est né à Delle, dans le Territoire de Belfort, et c’est déjà un signe. En 1870-71, Belfort a résisté à l’envahisseur pendant toute la durée de la guerre franco-prussienne, tandis que toutes les places-fortes françaises tombaient une à une. La défense héroïque fut menée par un certain colonel Denfert-Rochereau, surnommé le « Lion de Belfort » et qui a toujours sa place à Paris où trône un majestueux félin. C’est dire si Belfort et les Belfortains portent haut les couleurs de la France.

Ensuite, Thierry Burkhard a fait ses preuves dans une unité très particulière de l’Armée Française, la Légion, au 2e Régiment Etranger de Parachutistes: ex-Yougoslavie, Irak, Tchad, Afghanistan. Il aura été de tous les conflits majeurs où la France l’a envoyé. Ce n’est qu’en 2010 qu’il quitte le terrain pour rejoindre l’Etat-Major, où il croisera en 2014 la route du secrétaire général adjoint de l’Elysée de l’époque, un certain Emmanuel Macron. Un « para » légionnaire à la tête des armées, on n’avait pas vu ça depuis longtemps. On voit tout de suite quelques points communs avec un autre illustre « para », le général Jacques Massu, ancien président du comité de salut public créé lors de la prise du Gouvernement Général d’Alger, le 13 mai 1958. Mais la situation exceptionnelle qui avait conduit Massu à rompre avec l’Etat de droit se reproduira-t-elle en 2022 ? C’est là toute la question.

Car à quoi ressemble notre démocratie depuis que les partis dits « de gouvernement » se sont effondrés ? En 2017, la France est passée très près de la correctionnelle lors de la chute de François Fillon pendant la campagne électorale. Il a fallu que l’homme le plus riche de France, Bernard Arnault, son gendre et patron de Free, Xavier Niel, et le Premier Ministre canadien, Justin Trudeau, chantre des nouvelles méthodes de communication politique, s’allient et sortent Emmanuel Macron de l’anonymat pour empêcher un second tour Le Pen-Mélenchon qui aurait engendré un Coup d’Etat, les deux candidats étant clairement pro-russes. En 2022, il semblerait que certaines puissances d’argent aient soutenu Eric Zemmour, sans parti et sans argent, afin de diviser l’extrême-droite et permettre un second tour Macron-Pécresse plus acceptable pour l’Etat profond. C’était sans compter sur le délitement progressif de la présidente de la région Ile-de-France, première candidate gaulliste de l’Histoire de la Ve République à terminer sous la barre des 5%. L’Etat profond devra donc encore une fois se préparer au pire.

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