De l’art de terminer une guerre

Ce 9 mai, Vladimir Poutine va célébrer en grande pompe la victoire de l’URSS sur l’Allemagne nazie en 1945. De façon assez surprenante, parmi les quatre puissances victorieuses co-signataires de la capitulation allemande, il n’y a que la France qui ait comme la Russie un jour férié et une cérémonie militaire. Et encore, celle-ci est bien modeste en France en comparaison du déploiement de force russe. La France préfère montrer ses muscles pour sa fête nationale, le 14 juillet. Le 8 mai, tout comme le 11 novembre d’ailleurs, ne sont que des commémorations mineures dans notre pays. Tout l’inverse de ce que l’on observe sur la Place Rouge chaque année.

Pourquoi donc ce choix ? La Russie, qui s’auto-proclame seule héritière de l’URSS, estime qu’avec ses 28 millions de morts, elle a à elle seule libéré le monde du nazisme et que les autres puissances, Etats-Unis en tête, n’ont joué qu’un rôle secondaire dans la victoire finale. C’est oublier un peu vite que, sans l’aide financière et matérielle américaine, les Soviétiques auraient été laminés par les Allemands. Quant à la victoire finale, elle est due à la prise en tenaille de l’Allemagne entre l’alliance USA-Grande Bretagne-France à l’Ouest et l’URSS à l’Est. Sans cette prise en tenaille, jamais les Soviétiques n’auraient pu prendre Berlin. Mais il est des symboles forts qui restent et la prise de la capitale allemande revient indéniablement aux Soviétiques. Et c’est sans doute parce qu’ils ont pris Berlin que les Russes d’aujourd’hui s’estiment comme les acteurs majeurs de la victoire contre l’Allemagne nazie.

Aujourd’hui, la situation pour Vladimir Poutine est bien différente. Il aurait aimé défiler dans Kiev « dénazifié » le jour du 9 mai, mais les faiblesses de l’armée russe actuelle – qui n’est plus soutenue par les Etats-Unis comme en 1945 – et la résistance acharnée des ukrainiens – qui eux sont soutenus par ces mêmes Etats-Unis et leurs alliés de l’OTAN – ont gâché la fête. Alors les Russes doivent se contenter d’améliorer leur emprise territoriale en Ukraine depuis 2014 en faisant la jonction entre la Crimée et le Donbass. La chute de Marioupol, port stratégique sur la mer d’Azov, est la condition sine qua none pour que cet objectif devienne une réalité. Mais c’est encore une fois sans compter sur la résistance acharnée des ukrainiens qui résistent encore dans la ville. Pour combien de temps ? Dans tous les cas, en ce 9 mai, on se bat encore à Marioupol et les pertes dans les deux camps sont très élevées, tant ce port semble le dernier objectif de Vladimir Poutine pour décider de mettre fin à cette guerre qui a déjà coûté plus cher en hommes et en matériel que dix années de guerre en Afghanistan.

Et après ? Il y aura probablement un référendum contestable et contesté dans les territoires conquis avec une victoire « à la soviétique » à 94% pour le rattachement à la Russie. Ce ne sera pas la grande victoire qu’espérait Vladimir Poutine, mais avec les faibles moyens de l’armée russe actuelle, il ne peut faire mieux. Les Ukrainiens, de leurs côtés, à bout de forces, finiront bien par accepter un cessez-leu-feu. Ils pleureront leurs morts et maudiront les Etats-Unis qui les auront poussés à braver l’ogre russe, tout comme les Géorgiens en 2008. Et pour la même chimère: celle de rejoindre l’OTAN.

Quelle leçon de tirer de cette guerre ? La plus importante est que Vladimir Poutine n’est pas un fou. C’est un redoutable joueur d’échecs et un judoka hors pair. Il a brandi la menace nucléaire pour forcer l’OTAN à rester dans certaines limites: pas de couverture aérienne et uniquement des livraisons d’armes, ce qui était le moindre que l’alliance atlantique pouvait faire. Quand il a senti que Kiev était imprenable, il a limogé certains généraux et changé ses objectifs de guerre pour arriver à obtenir malgré tout des gains territoriaux. Il finit ainsi la partie comme un vainqueur aux points, même s’il n’est pas un vainqueur par « hippon ». Joe Biden et son caniche Boris Johnson devront retenir la leçon de ce qui sera pour eux une triste défaite. Quant aux Allemands, ils devront sérieusement réfléchir à leur rôle futur en matière de défense, à la fois dans l’OTAN et au sein de l’Union Européenne. Dernier acteur, Emmanuel Macron, qui a toujours maintenu le dialogue avec Vladimir Poutine, jouera probablement le rôle de Nicolas Sarkozy en 2008: celui d’arbitre qui déclarera la fin du match.

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