Arsenal nucléaire: les gros bourrins et les petits serpents

A première vue, et sans doute à la vue de Vladimir Poutine, la France a l’air d’un nain comparée à l’immense Russie. Cela est sans doute vrai pour la superficie du territoire (17 millions de kilomètres carrés pour la Russie pour à peine plus d’un demi-million pour notre France métropolitaine soit environ 34 fois moins), ou pour le nombre d’ogives nucléaires possédées (environ 2500 ogives déclarées par l’armée russe pour un peu moins de 300 ogives pour la force de dissuasion nucléaire française). Est-ce une raison pour nous alarmer tous les jours à travers les médias sur les effets dévastateurs que causerait une « Tsar Bomba » tombant en plein coeur de Paris ? Sûrement pas. Pour une bonne raison: on n’est pas prêt de voir un tel engin exploser au-dessus de la Ville Lumière.

D’abord, comparons ce qui est comparable: la puissance d’un pays ne se mesure pas à l’aune de sa superficie ou de son nombre de têtes nucléaires. Avec une population à peu près deux fois moindre que la Russie (67 millions de Français pour 144 millions de Russes), la France a un produit intérieur brut 1,5 fois plus important. La Russie est un grand pays, certes mais un pays pauvre, sûrement pas une grande puissance comme l’était autrefois l’URSS. Ses réserves d’or sont également inférieures à celles de la France, malgré des entrées en devises très importantes dues à ses exportations d’hydrocarbures. Quant à son industrie de transformation, elle était avant la guerre aux mains des pays étrangers. C’était par exemple le Français Renault qui possédait le premier constructeur automobile russe, Avtovaz, célèbre pour avoir produit pendant l’ère soviétique les fameuses Lada.

Maintenant, comparons le potentiel militaire proprement dit. Il ne sert à rien d’avoir des avions puissants et rapides si les missiles emportés n’ont aucune précision. Les Russes ont donc dû appliquer en Ukraine la stratégie du bourrin digne de la Grande Guerre: ils ont saigné à blanc l’armée ukrainienne à coups de missiles tirés en masse et qui détruisent tout sur leur passage. Cela ressemble plus à Verdun qu’à la guerre technologique du XXIe siècle et cela laisse une chance certaine à un nain comme l’Ukraine de lui resister longtemps. Face à une armée occidentale, les avions et tanks russes ne feraient sans doute pas illusion très longtemps.

Reste la question nucléaire que Vladimir Poutine brandit régulièrement. Encore la stratégie du bourrin. L’essentiel des forces nucléaires russes est constitué de missiles stratégiques à longue portée. Or, depuis la création de boucliers anti-missiles, nous sommes capables de les arrêter. Pas s’il décide de tous les lancer en même temps, évidemment, mais il parait assez difficile de projeter deux mille missiles stratégiques en même temps. Et puis nous savons aussi que la précision de tir n’est pas la qualité première des Russes. Où ces missiles vont-ils atterrir ?

De leur côté, les Américains, pour faire bonne figure, ont maintenu un arsenal constitué de missiles stratégiques, même s’ils savent que cela ne sert à rien d’autre qu’à maintenir un semblant d’équilibre de la terreur et à rassurer les alliés européens et asiatiques. La France et la Grande-Bretagne ne se sont pas embarassées de telles considérations et ont désarmé leurs missiles stratégiques, préférant se concentrer sur ce qui est précis et efficace: les avions de chasse, les porte-avions et bien sûr les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE), dont les noms, depuis le « Redoutable » en 1964, n’ont pas été choisis par hasard. Un SNLE qui croise dans la Baltique vous vitrifierait Saint-Petersbourg en quelques secondes, tandis qu’une Tsar Bomba lancée depuis la Russie mettrait dix bonnes minutes à atteindre Paris… si elle y arrive ! Quant aux fameux missiles dits hypersoniques qui échapperaient aux boucliers anti-missiles, les rapports occidentaux ont montré qu’ils savent bien manoeuvrer entre les radars. Par contre, leur capacité à atteindre leur cible avec précision reste à démontrer. Il est fort probable qu’un tel missile lancé sur Paris finisse … dans l’Océan Atlantique !

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :