Education: Warum sprechen Sie nicht Deutsch ?

S’il y a une chose qui m’a toujours servi dans la vie, c’est le fait d’avoir appris l’allemand à l’école, et ce dès le plus jeune âge. Au début des années 1980, à l’époque où je terminais mes études primaires, les bons élèves choisissaient en sixième l’option allemand première langue. C’était une garantie de se retrouver parmi les meilleurs élèves, même si l’on ne vivait pas dans les beaux quartiers des grandes villes. Ajoutez à cela l’option latin ou grec en quatrième, et vous étiez sûrs d’être dans la « botte » du collège, avec non seulement les meilleurs élèves, mais souvent aussi… les meilleurs enseignants. Quelques années plus tard, je me rappelle de ce que sont devenus ces anciens élèves d’une banlieue tout à fait quelconque du Val-de-Marne, dans le sud-est francilien. La très grande majorité ont fait des études supérieures. Beaucoup ont fait des classes préparatoires et ont intégré des écoles d’ingénieur ou de commerce. Et dans le haut du panier, une de mes anciennes camarades de classe, énarque, occupe un poste prestigieux dans un ministère.

Que s’est-il donc passé depuis ? La généralisation de l’enseignement de l’anglais en primaire dans les années 2000 a mis à mal l’option allemand première langue. Même en tant que seconde langue, l’allemand ne résiste pas face à l’espagnol, réputé plus simple et plus « cool ». Depuis, l’enseignement de l’allemand est en chute libre. Aujourd’hui, seuls 15% des élèves français apprennent l’allemand au collège. De nombreux élèves pensent qu’en apprenant l’espagnol, ils s’ouvrent sur le marché sud-américain. Ils sont en vérité complètement ignorants de la réalité économique de la France.

Quelle est la réalité ? L’Allemagne est le premier partenaire économique de la France, bien loin devant l’Amérique hispanophone ou même l’Espagne. On compte 9% d’offres d’emplois où la langue de Goethe est requise, contre à peine 3% pour la langue de Cervantes. Certes, la France fait mieux que l’Espagne, qui envoie régulièrement des bataillons de jeunes diplômés travailler en Allemagne avec à peine 2% des élèves qui ont appris l’allemand. Mais la France comptait dans les années 1980 près de 30% de germanistes dans les collèges et les lycées ! Comment en est-on arrivé là ?

La faute en revient non aux familles, mais aux politiques, qui ont tellement mis l’accent sur l’importance de maitriser l’anglais que l’apprentissage de toute autre langue apparait plus comme un loisir que comme une nécessité. La maitrise de l’anglais a certes nettement progressé dans les jeunes générations, mais cela s’est fait au détriment des autres langues. Dans beaucoup de filières de l’enseignement technique et professionnel, le passage de deux langues obligatoires à une seule a réduit le choix au seul anglais. Même chose à l’université, dans les filières scientifiques notamment, où l’anglais est absolument indispensable pour la communication scientifique et où personne ne trouve utilise de faire l’effort de continuer à maintenir un savoir dans une autre langue que l’anglais.

La richesse d’un curriculum vitae vient pourtant de compétences que l’on ne trouve pas chez les autres. Et si tout le monde parle anglais et maitrise son domaine de compétence, la maitrise de l’allemand peut parfois faire la différence sur certaines offres. C’est notamment grâce à ma maitrise de l’allemand que j’ai pu faire mon doctorat à l’Université de Karlsruhe, dans le cadre du programme européen Marie Curie. Et c’est aussi parce que je parlais allemand couramment que j’ai été par la suite recruté comme enseignant-chercheur dans cette université car, même si la recherche se fait partout en anglais, les enseignements se font en allemand dans ce pays. Par la suite, j’ai pu décrocher en France certains postes grâce à ma maitrise de l’allemand, mais jusqu’à aujourd’hui, jamais grâce à l’espagnol, que je parle pourtant couramment.

Comment inverser la tendance alors ? La mise en place des classes bilingues dès la sixième depuis dix ans a de nouveau remis l’allemand sur un pied d’égalité avec l’anglais, du moins sur le papier. Certes, l’allemand est rarement enseigné en primaire, mais avec le retour de l’allemand dès la sixième, il retrouve son rôle de marqueur de bons élèves. Seul hic: la chute libre du nombre d’étudiants en allemand, conséquence du désintérêt national pour cette langue, fait que le nombre de postes proposé au CAPES n’est généralement pas pourvu. Il y a donc souvent plus de demandes que de places disponibles en classes bilingues anglais-allemand. L’Education Nationale, qui ne peut sélectionner dès la sixième les élèves, doit donc procéder à des tirages au sort pour savoir qui aura le droit d’être dans l’une de ces classes lorsque trop d’élèves en font la demande. Beau progrès !

Inversement, comment se porte notre langue outre-Rhin ? La situation est en fait très disparate, comme l’est l’Allemagne actuelle. Si sur le plan national, le français est la seconde langue enseignée, très loin derrière l’anglais mais assez nettement devant le latin, l’espagnol et les autres langues, la situation est très contrastée lorsqu’on la regarde région par région. Dans l’ancienne Allemagne de l’Ouest, proche de la France, les forts taux d’enseignement du français se concentrent dans le très francophile Land de Sarre, où il culmine à 47% d’élèves apprenant le français, dans les Länder frontaliers du Bade-Wurttemberg et de Rhénanie-Palatinat et en Rhénanie-du-Nord-Westphalie. A l’inverse, dans l’ancienne Allemagne de l’Est, où la France parait très lointaine géographiquement et culturellement, le français dépasse rarement les 10%. Dernier problème enfin: comme en France, la deuxième langue après l’anglais, bien qu’obligatoire, est aussi considérée comme un loisir. C’est ce qui explique que, même si beaucoup d’Allemands ont appris le français à l’école, très peu en réalité le parlent.

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