Pourquoi mourir pour Kiev ?

Ce titre fait référence au slogan de l’éditorialiste socialiste – et futur colaborationniste – Marcel Déat le 4 mai 1939: « Pourquoi mourir pour Dantzig ? ». La réponse, nous la connaissons aujourd’hui: « Si nous ne voulons pas mourir pour Dantzig, il faudra mourir pour Strasbourg. Et si nous ne voulons pas mourir pour Strasbourg, eh bien il faudra mourir pour Paris ! » Face à l’appetit vorace des dictateurs, le pacifisme et la diplomatie ne servent à rien. Emmanuel Macron vient de l’apprendre à ses dépends.

Bien sûr, ces dictateurs ne naissent pas de rien, et il faut voir notre part de responsabilité dans ces événements. L’humiliant traité de Versailles de 1919, couplé aux doubles crises économiques de 1923 et 1929, ont eu raison des tentatives démocratiques en Allemagne. De même, la chute de l’Union Soviétique en 1991, traumatisme que la population russe a très mal vécu, couplée au crash économique de 1998, permet d’expliquer la prise de pouvoir de Vladimir Poutine en 2000 et son maintient actuel vingt-deux ans après. L’humiliation suprême eut lieu pour les Russes en 2004, lorsque l’OTAN s’est installée dans les pays baltes, c’est-à-dire aux portes de Saint-Pétersbourg et à moins de sept cents kilomètres de Moscou. Comment ne pas se sentir menacé lorsque l’on est Russe ? Mais ce n’était visiblement pas suffisant pour l’Occident. Il fallait aller encore plus loin. Jusqu’où ?

Comme en 1939, il y a un responsable principal à cette situation dans le camp occidental, et des responsables secondaires qui vont bientôt s’en mordre les doigts. En 1939, les grands vainqueurs étaient la France et la Grande-Bretagne. Elles étaient les garantes de l’ordre mondial après la Grande Guerre et avaient assuré la sécurité des pays nouvellement créés, comme la Pologne et la Tchécoslovaquie, par des traités en bonne et due forme. On a vu comment ces traités ont été bafoués lorsque l’ogre hitlérien a montré ses dents: d’abord, on a abandonné la Tchécoslovaquie, puis ensuite on a effectiviement déclaré la guerre lorsque la Pologne a été envahie … mais on n’a rien fait !

Aujourd’hui, ce sont les Etats-Unis qui ont remplacé la France et la Grande-Bretagne pour garantir l’ordre mondial. Toutefois, l’OTAN est un système de commandement intégré qui semble plus efficace que les anciens traités issus de la Première Guerre Mondiale. Oui, mais … il y a un caillou dans la chaussure de l’OTAN. Il s’agit de la Turquie. Il y a peu, la France et la Turquie, pourtant tous deux membres de l’OTAN, ont failli en venir aux mains et l’OTAN n’a pas beaucoup réagi. La France a fini par envoyer sa flotte et quelques Rafale pour rassurer son allié grec – également membre de l’OTAN – en Mer Egée. Et qui a soutenu la France ? L’Allemagne ? Les Etats-Unis ? La Grande-Bretagne ? Non. Personne. Oui, l’OTAN, c’est aussi cela. Et si demain la Pologne est attaquée par la Russie, qui interviendra si la Turquie met son veto ? C’est une question qui mérite d’être posée.

Car l’Union Européenne, et sa partie orientale surtout, refait les même erreurs qu’en 1939. Elle se jette dans les bras d’une superpuissance alliée pour garantir sa sécurité. Echaudée par l’invasion de 1939, la Pologne refuse actuellement toute défense européenne car elle n’a aucune confiance en la France et encore moins en l’Allemagne. C’est une mauvaise vision de l’Histoire. En se jetant dans les bras des Etats-Unis comme elle s’est jetée dans les bras de la France et de la Grande-Bretagne en 1939, elle prend le même risque que son super-allié fasse passer ses intérêts avant les siens.

Et l’Ukraine dans tout ça ? Il semble que dans ce pays, on rejoue la guerre d’Espagne, prélude à la Seconde Guerre Mondiale. Toutefois, côté ukrainien, il ne semble pas y avoir de guerre civile interne car le président Zelensky a réussi le pari d’unifier la population contre l’agresseur. On voit aussi que l’envahisseur russe est nettement moins au point techniquement que l’armée allemande en 1936. Toutefois il s’améliore, même si c’est au prix de pertes matérielles et humaines très élevées. Et surtout, il continue à avancer malgré les livraisons d’armes occidentales dernier cri aux ukrainiens. Les livraisons d’armes et le refus d’intervenir militairement, cela rappelle étrangement la position de la France et de la Grande-Bretagne pendant la Guerre d’Espagne.

Mais la partie est loin d’être pliée en Ukraine et on peut le mesurer à l’aune de la prudence chinoise. Après la provocation des Etats-Unis d’envoyer Nancy Pelosi à Taïwan, la Chine semble gesticuler autour de Taïwan, sans toutefois être décidée à envahir l’île. L’Empire du Milieu ne se jettera dans la bataille que lorsqu’il sera sûr que l’Oncle Sam sera assez affaibli. Et à l’heure actuelle, il n’est pas encore convaincu par la puissance de son allié russe. Mais, la Chine sait se montrer patiente…

Un avis sur « Pourquoi mourir pour Kiev ? »

  1. L’OTAN n’a depuis 1991 aucune raison d’être sinon assoir l’impérialisme US sur l’Europe et même plus loin cf. Afghanistan. Les Russes sont en état de légitime défense et leur opération spéciale en tout point comparable par exemple à l’attaque israélienne de juin 1967. Les agressions US et OTAN envers la Serbie, Panama, Grenade, la Libye, l’Irak, l’Afghanistan, etc. sont beaucoup plus condamnables.

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